• Le coyote ne bat pas en retraite

    Les gardiens de la réserve sont en train de décider de l'âge de la retraite du coyote.

    Il paraît que le coyote vit plus longtemps qu'avant donc il doit travailler plus longtemps.Il paraît qu'il y a trop de vieux coyotes qui vont être en âge d'arrêter de travailler et pas assez de jeunes coyotes pour les remplacer et payer les cotisations nécessaires à l'entretien des vieux coyotes. Et ce sera pire, paraît-il, d'ici à 2050 !

    Il paraît que ce sera pareil pour les moutons, les boeufs, etc.

    Pourtant on dit aussi que les coyotes de notre territoire font de plus en plus de portées, que les jeunes coyotes pullulent, qu'il y aurait presque surpopulation. Le coyote s'interroge : que feront-ils ces jeunes coyotes d'ici à 2050 ? Chômeurs ? Pour qu'on puisse craindre un manque de cotisation en 2050 on doit donc envisager que les jeunes coyotes ne travailleront pas. Ce serait trop beau. Une génération non exploitée ! Oui, mais alors, plus de cotisations ! Aïe, c'est le coyote qui se mord la queue.

    Les gardiens de la réserve ont trouvé la solution, ils en auraient peut-être aimé une autre, allez savoir.

    Comme il n'est pas question d'organiser une battue à cause du Grenelle de l'environnement et de la défense de la biodiversité, que les chasses présidentielles vont être supprimées, il faut donc que le coyote travaille plus longtemps. On ne peut pas l'abattre.

    Mais les coyotes n'étant plus considérés comme égaux entre eux les gardiens de la réserve réinstaurent la loi de la jungle. Ils disent que c'est naturel, que c'est plus pittoresque. En fait, ils espèrent que les coyotes se boufferont entre eux.

    Le gardien chef à chargé un gardien subalterne, dont les coyotes savent bien qu'il est impliqué dans pas mal d'affaires de braconnage, de régler le problème.

    Il est chargé de faire avaler la pilule aux coyote, des couleuvres aux mamifères et aux ruminants concernés.

    Travailler plus, plus tard, plus longtemps, plus mal pour gagner plus, qu'ils disent. Il ne disent pas plus de quoi.

    Plus de douleur ! Plus de coyotes traînant leur arrière-train défoncé, plus de moutons à trois pattes, plus de boeufs par les fenêtres d'un cinquième étage et plus de charognards pour prendre la place et plus de rapaces pour leur dire, mais si, tu peux voler, jette-toi !

    Plus d'absence de la tannière ! Plus de risques d'être pris dans un piège à loup ! Plus de risques d'entendre à ses trousses sonner l'hallali !

    Etc.

    Alors le coyote noir retrousse ses babines et hurle à la mort annoncée de son espèce, hurle à son extermination minutieusement programmée et lorsqu'il sort, dorénavant c'est discrètement, dorénavant ce n'est plus seul, et lorsqu'il sort, dorénavant il mord les gardiens.

    Le coyote a la rage, la rage vivante d'un monde mourant.

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